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Le «grand feu de Sainte-Victoire», c’était il y a 30 ans

28 Août 2019 Sainte-Victoire
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Voilà trente ans, le massif de Sainte-Victoire était ravagé par un gigantesque incendie. Un triste anniversaire qui fait partie de l’histoire de la région, du pays d’Aix, de cette montagne rendue célèbre dans le monde entier par les tableaux de Paul Cézanne, mais aussi des Pompiers13. En plus d’avoir mobilisé des centaines de sapeurs-pompiers des Bouches-du-Rhône, ce feu est inscrit dans l’histoire opérationnelle et mémorielle du corps départemental. Et ce, pour plusieurs raisons.

 

1989 : un contexte particulier

L’année 1989 est marquée par une sécheresse record, déjà. Les pluies ont été rares depuis 1988. De quoi inquiéter les sapeurs-pompiers des Bouches-du-Rhône, déjà engagés sur plusieurs gros feux en début d’été : Rognes, Bouc-Bel-Air, Martigues, Lançon-de-Provence, La Fare-les-Oliviers… au total, plus de 5 000 hectares ont déjà brûlé, avant le 28 août. C’est considérable. Les personnels du Service départemental d’incendie et de secours des Bouches-du-Rhône ont été éprouvés par l’énergie déployée contre ces incendies. Mais la saison n’est pas terminée et cela les Pompiers13 ne vont pas tarder à le vérifier.

Le 27 août, le bulletin météo est alarmant : le mistral est annoncé pour trois jours, avec des rafales allant jusqu’à 100 à 120 km/h.

Un incendie hors normes

Le feu se déclare peu avant midi, sur la commune de Saint-Marc-Jaumegarde tout près d’un chantier de broyage de végétaux.

D’emblée, il semble très menaçant : le feu part très vite, avec une vitesse de propagation rare et particulièrement élevée. Il dégage d’emblée une fumée très noire indiquant que l’incendie concerne déjà les cimes d’arbres asséchés et les pompiers pré positionnés sur le terrain partent immédiatement à sa poursuite. « Littéralement, ce feu explose », se souvient-on au Sdis 13, le service départemental d’incendie et de secours.

Le tapis s’embrase d’abord à Saint-Marc-Jaumegarde puis le feu s’élargit. Il ne va pas s’engager dans un schéma classique, mais tourner à 90 degrés au niveau de la barrière de Sainte-Victoire. Les flammes partent à Bibémus, en direction du Tholonet puis descend au barrage de Bimont. En quelques heures, le feu va ouvrir plusieurs fronts et obliger les sapeurs-pompiers, qui sont des centaines, à lui courir après de toutes parts.

Il menace les villages de Saint-Antonin-sur-Bayon et Puyloubier… qu’il faut évacuer.

L’incendie est devenu un monstre de flammes qui court de cime en cime sur 20 kilomètres de front, et s’est enroulé sur la plateau du Cengle se souviennent les Pompiers13.

Des moyens au sol et aériens

Des sapeurs-pompiers de tout le département, des départements voisins puis de toute la France viennent lutter contre les flammes. Ces centaines de soldats du feu sont appuyés par des militaires dont certains seront héliportés avec des pompiers sur le relief afin de tenter d’enrayer la propagation fulgurante de cet incendie. Sans oublier le concours d’agents de l’Office national des forêts.

Ces personnels au sol sont appuyés par des renforts aériens (Fokker, canadairs, hélicoptères…) qui multiplient les largages pour casser la course du feu. Leur concours est essentiel face à un feu parfois inaccessible, notamment dans la vallée du barrage de Bimont.

Des habitants des villages du secteur participent eux aussi au combat contre le feu, en arrosant leurs jardins, haies, toits… assaillis par les braises portées par le vent. Mais certains seront contraints de se réfugier dans leur piscine pour se protéger, avant d’être pris en charge par les secours.

Nature et patrimoine : des enjeux énormes

Les sapeurs-pompiers (chargés dans leurs missions de défendre les personnes, les biens et l’environnement), les autorités et la population saisissent d’emblée les conséquences que peut avoir un incendie d’une telle violence. Sainte-Victoire est un massif prisé des habitants, randonneurs, amoureux de la nature… mais aussi un site dont 6 500 hectares ont été classés par l’Etat en 1983.

Le massif présente une très riche végétation méditerranéenne et offre une flore remarquable (900 plantes à fleurs). Sans oublier de nombreux insectes, des mammifères et plus d’une centaine d’espèces d’oiseaux différents illustrant une rare biodiversité.

Le patrimoine constitue aussi un enjeu de taille, et l’on peut citer notamment le Prieuré de Sainte-Victoire, ou le château Picasso, à Vauvenargues, en plus des centaines de maisons, bâtisses, fermes… et des villages à préserver du feu. L’urbanisation de certains secteurs s’est depuis accrue renforçant ainsi la nécessité de prévenir les incendies et que les riverains adoptent les bons comportements afin de prévenir les incendies et d’agir en cas de survenue.

Trois jours de lutte contre les flammes avant le triste bilan

Sur le terrain, depuis le Centre opérationnel départemental d’incendie et de secours (Codis), la lutte contre le feu va durer trois jours. Des sapeurs-pompiers sont arrivés de toute la France pour prêter main forte aux Pompiers13.

La fin du « grand feu de Sainte-Victoire » laisse apparaître un spectacle de désolation : de la cendre, des troncs qui agonisent encore, un paysage lunaire…

L’heure est aussi aux questions et aux constats. Les sapeurs-pompiers vont recenser, pour la seule journée du 28 août, pas moins de 189 départs de feu.

De nos jours, ce sont moins de 30 départs de feu qui sont constatés lors des journées particulièrement à risque. Pas moins de 5 000 hectares sont partis en fumée. Les deux tiers du site classé ont brûlé. Sept villas ou fermes ont été dévastées.

Le préjudice concerne aussi la faune et la flore.

Les enseignements du feu de Sainte-Victoire

Le feu de 1989 reste gravé dans la mémoire des habitants, des élus, des associations qui se sont mobilisées au chevet du massif, des autorités qui ont pris un certain nombre de mesures pour protéger Sainte-Victoire (un syndicat intercommunal a été créé après l’incendie pour mieux gérer la réhabilitation du massif) et, évidemment, des Pompiers13.

Des retours d’expérience (Retex) ont été menés pour bâtir une réflexion après cet incendie et en tirer des enseignements. Le feu de Sainte-Victoire est même devenu un scénario intégré à la formation des pompiers, à destination des chefs de site feu de forêt, au sein de l’école d’application de la sécurité civile implantée sur le site de Valabre à Gardanne.

Ce feu a démontré la nécessité d’anticiper la progression d’un incendie afin de réunir les conditions opérationnelles permettant de mener une action décisive : analyse des conditions météorologiques, étude de la propagation du sinistre, anticipation des situations sont autant d’étapes nécessaires.

Il a participé aussi à la réflexion sur les équipements de protection, à la fois individuels (vestes, gants, casques…) et collectifs (auto-aspersion des camions de lutte contre les feux de forêt, liaisons radio).

30 ans après le feu de Sainte-Victoire

Quels seraient, 30 ans plus tard, les moyens de lutte contre un tel sinistre ?

Les Pompiers13 peuvent compter sur les 6 000 personnes qui constituent aujourd’hui le corps départemental (sapeurs-pompiers professionnels et volontaires, agents administratifs techniques spécialisés), et peuvent s’appuyer aussi sur des collaborations essentielles (réseau de vigies, comités communaux feux de forêt, forestiers sapeurs…).

Les moyens de lutte ont considérablement évolué, à la fois en quantité mais aussi et surtout en qualité : sécurité nous l’avons déjà évoqué, efficacité avec des chassis de camions citernes permettant l’emport de quantités d’eau importantes, usage de canons à eau de grand débit, emploi du feu tactique (le feu contre le feu), forestage, recours aux drones sont autant d’évolution qui permettraient aujourd’hui de lutter sans doute plus efficacement. Le détachement d’intervention héliporté a en outre été créé depuis, permettant d’attaquer le feu dans les zones les plus inaccessibles.

Chaque été, des colonnes de renfort extradépartementales viennent appuyer les effectifs du SDIS13 dans les casernes qui maillent le territoire et sur le terrain où sont prépositionnés les groupes d’intervention feux de forêt soit plus de 30 groupes prépositionnés et près de 600 pompiers les jours les plus à risques. Une présence qui permet une surveillance des massifs et une lutte immédiate contre les départs de feu. Un dispositif interservices de surveillance est également mis en œuvre par la préfecture et repose sur la présence de 60 patrouilles terrestres effectuées par les services du département, de l’office national des forêts et des sapeurs- pompiers ainsi qu’un réseau de 36 vigies de guet réparties sur les principaux points hauts du territoire. La coordination de l’ensemble de ces moyens est réalisée depuis l’été 2019 par le centre opérationnel départemental d’incendie et de secours (CODIS) des Pompiers13.

La lutte contre les feux de forêt s’étend désormais à toute l’année. Les Pompiers13 conduisent en effet plusieurs actions en ce sens : information et sensibilisation auprès du grand public et des autorités sur l’obligation légale de débroussaillement, mesures à appliquer en matière d’emploi du feu et d’accès aux massifs forestiers, comportements à adopter en cas d’incendie ; unité de brûlage dirigé composée d’experts du SDIS13.

Une conclusion : de nombreux incendies majeurs qui jalonnent l’histoires des sapeurs-pompiers sont le fait d’imprudence ou de négligences : réalisation de travaux (comme ici pour le feu de Sainte-Victoire de 1989), jets de mégots, barbecues sauvages, emploi de feux d’artifices, non- respect des interdictions de fréquentation par des véhicules à moteur … Il est important de le rappeler car régulièrement, l’inconscient collectif désignent des actes intentionnels comme étant à l’origine de ces incendies dévastateurs. Ces derniers existent cependant mais de nos jours, les autorités de police et judiciaires déploient des moyens considérables pour identifier les auteurs qui sont régulièrement interpelés et condamnés à de lourdes peines de prison.

L’évolution opérée depuis 30 ans démontrent bien, s’il en était besoin, toute l’utilité du travail accompli par nos prédécesseurs et en particulier qu’une politique de prévention des incendies, de surveillance des massifs forestiers et d’intervention rapide sur les feux naissants porte des résultats probants et visibles. Le coût de ces mesures n’est pas neutre mais il reste toutefois bien moindre que l’empreinte laissée par la destruction de dizaines de milliers d’hectares de forêts, qui constituent des puits à carbone utiles, des supports indispensables à la biodiversité et permettent aux habitants de profiter d’espaces naturels exceptionnels.

Le réchauffement climatique auquel nous devons faire face donne un sens supplémentaire à cette démarche. Le sud de la France continuera d’être soumis à un très fort danger d’incendie de forêt, l’été, mais pas seulement. De plus, de nombreux départements disposant de surfaces forestières conséquentes ne sont pas encore soumise à un fort danger d’incendie. Cette situation va très probablement évoluer vers une remontée.

 

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