SDIS13 - Sapeurs Pompiers des Bouches du Rhône
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Récits des Sapeurs-pompiers partis en Haïti

12 Février 2010 Haïti
Copie de 9

Après avoir passé plus de 16 jours sur l'île dévastée d’Haïti, les deux détachements du SDIS 13 sont rentrés les 29 et 30 janvier dernier.

L’équipage médical composé de médecins, d’infirmiers et de logisticiens se sont d’avantage concentrés sur les soins, les évacuations, l’installation des équipements et le suivi médical des victimes durant leur séjour. Les actes chirurgicaux étaient assurés par les chirurgiens américains, mexicains, colombiens et cubains.

Le lieutenant-colonel Marc Dumas, chef du détachement et le commandant Jean-Louis Barra, médecin de sapeur-pompier, nous racontent le quotidien des personnels engagés.

« Après deux jours d’attente, le détachement parvient à se poser sur l’aéroport saturé de Port-au- Prince. Cars et camions escortés par la gendarmerie nous emmènent avec tout notre matériel vers la résidence de l’ambassadeur où nous établissons notre campement dans l’immense jardin autour des ruines: tentes, groupes électrogènes, sanitaires de fortune....

A notre arrivée l’officier de liaison du directeur des opérations de secours nous a affecté nos missions : prise en charge des victimes, réorganisation de plusieurs centres de soins, dont l’Hôpital adventiste de Diquini et canapé vert.

L’équipage a du rapidement s’intégrer aux équipes déjà sur place. Des milliers de personnes s’entassaient dans le parc et les jardins de l’hôpital : essentiellement des blessés polytraumatisés, présentant pour beaucoup des fractures ouvertes et des plaies délabrées.

Les problèmes médicaux sont apparus dans un second temps avec les problèmes infectieux et des enfants déshydratés et malnutris.

Parallèlement aux soins, qui s’apparentaient à de la “médecine de guerre” du fait du nombre élevé de victimes et du manque de moyens, nous organisions au fil des jours plusieurs secteurs d’activités de soins.

Le personnel médical a mis en place ’accueil des malades et blessés, le tri des patients, une zone préopératoire en attente de chirurgie, une zone post opératoire pour ceux qui avaient eu la chance d’être opérés, un secteur médical regroupant les malades, la pédiatrie médicale (avec parfois quelques bébés que les médecins venaient de mettre au monde), et une tente de traumatisés graves du rachis avec des gens paralysés ne pouvant bénéficier de la chirurgie dans les premiers jours.

Il a fallu trouver des lieux et des chirurgiens compétents pour organiser les évacuations des patients vers différents blocs opératoires (ESCRIM, Bateau hôpital de l’armée américaine, autres hôpitaux...) et assurer la régulation de ces évacuations.

Les conditions de travail étaient évidemment pénibles en raison de l’afflux massif de victimes du caractère très important des blessures, des conditions climatiques (30° C) et du fait que nous ne disposions pas de nos structures et moyens habituels pour prendre en charge toutes ces personnes.

Toutefois les sinistrés ont pris confiance en la médecine française, certains ont parcouru 50 kms pour être soigné par les médecins français.

Par ailleurs, l’organisation internationale existait, cependant le dialogue a mis du temps à s’instaurer. L’intelligence et la volonté de chacun de sauver des vies a fini par permettre la concertation entre chirurgiens, médecins et infirmiers.

Je pense que notre détachement serait capable de revivre la charge émotionnelle et de s’adapter aux conditions d’une telle catastrophe. »

Il est à noter que l’organisation logistique française était digne d’un état de guerre, du jamais vu à 8000kms de chez nous. De plus, une cellule psychologique a été mise en œuvre, ce qui a permis aux personnels de prendre du recul sur les situations extrêmes auxquelles ils étaient confrontés.

 

Copie de 1

 

Copie de 2

 

Paroles de logisticiens

 

Stéphane Impines, sergent-chef au CSP Aix-en-Provence, et Christophe Vansteenhuyse, sergent au CS Port-de-Bouc, faisaient partie de la mission qui est partie en Haïti en janvier dernier. Entre émotions et devoir, ils nous livrent leur ressenti sur cette mission.

 

Stéphane Impines, sergent-chef au CSP Aix-en-Provence

 

Stéphane a déjà vécu des missions d’envergure, notamment au Kosovo, il y a une petite dizaine d’années. « Mais ça n’est pas comparable » , explique-t-il. Et d’enchaîner : « au Kosovo, nous étions en période de guerre, de l’autre côté de la frontière, sur un conflit qui a duré. Là, tout est allé si vite… En 1 mn, ces hommes et ces femmes ont, pour certains, tout perdu. Familles, proches, maisons, emplois… Tout. Un matin, on a subi une secousse qui a duré 15 secondes. C’était effrayant. J’imagine à peine ce qu’ils ont du ressentir durant cette longue minute où tout à tremblé si fort ».

Même si son expérience le rend relativement à l’aise avec ce qu’il a vécu, Stéphane confie malgré tout que lui et ses camarades de mission « s’attendaient à voir le pire, mais arrivé là-bas, c’était bien pire encore que nous ne l’imaginions. La ville presque entière était par terre. Si vous tourniez sur vous-même, tout n’était que ruines. Des gens qui errent, qui s’amassent autour des ambassades, qui cherchent à manger, à boire, à se loger… ».

Bien que difficiles, ces 15 jours en Haïti ont été pour lui « une formidable expérience humaine et professionnelle. On ne revient jamais indemne de ce genre de mission. Notre groupe était soudé sur le terrain et en dehors. C’est indispensable pour tenir, vu le contexte ».

Cette solidarité lui a permis de ne tirer que du positif de cette mission : « au niveau des tâches que nous avions à effectuer sur place, en termes de logistique notamment, tout s’est passé pour le mieux. Et pourtant, rien n’était moins sûr vu la situation ».

Seul point noir, à ses yeux : « l’attente interminable avant d’atterrir en Haïti. Une véritable perte de temps. Ce temps qui était si précieux pour cette population en souffrance… ».

 

Copie de 3

 

Copie de 5

 

Christophe Vansteenhuyse, sergent au CS Port-de-Bouc

 

Pour Christophe, cette mission était une première, un véritable baptême du feu. Et dès son arrivée sur les lieux il a du, avec ses collègues, mettre en place une structure d’accueil médical : « nous devions monter le poste 4. En somme, nous devions, afin d’offrir une structure de travail aux médecins, récupérer des matériaux sur site – l’hôpital de Diquini – et préparer et agencer des brancards, des chaises pour les patients en attente, un bureau, etc. ».

Le sergent Vansteenhuyse a alors vite compris que les missions qu’il allait accomplir dépasseraient le cadre de ses compétences de logisticien SD : « nous avons notamment fait du secourisme de base, mais aussi du transport et du dispatching de matériel médical et de médicaments sur le terrain ».

Parmi toutes ces tâches, une « mission dans la mission » l’a plus marqué : « un après-midi, j’ai fait partie des 12 accompagnateurs choisis pour encadrer une soixantaine d’orphelins Haïtiens en partance pour la France via la Guadeloupe. Ces enfants avaient entre 2 et 5 ans. Nous avons du récupérer des coordonnées à leur sujet, puis les compter et les grouper par crèches et enfin faire le voyage avec eux à bord d’un avion militaire Hercules. Tout s’est très bien passé ! Nous craignions qu’ils ne soient effrayés par l’avion, vu leur jeune âge. De plus, les conditions de vol dans un Hercules sont assez… particulières. Mais, par miracle, les enfants se sont endormis dès le décollage ! Arrivés en Guadeloupe ils ont été pris en charge par des assistantes maternelles ».

En termes d’impact psychologique, Christophe se sent plutôt bien : « il y avait un psychologue avec nous. Et même si j’ai vu et vécu des situations rudes, le fait d’être bien entouré, de débriefer et de décompresser toutes et tous ensemble le soir, de discuter et d’extérioriser tout cela m’a permis de bien vivre cette première mission. Au niveau professionnel et humain, ces 16 jours ont été énormes ».

 

Copie de 4

 

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